« Pâte de cacao (Pérou), sucre de canne (Paraguay), beurre de cacao (République dominicaine), extraits de vanille (Madagascar) », telle est la composition de ce chocolat fabriqué en Suisse et vendu en France. Si tous les aliments ne peuvent être produits localement, une telle composition n’est pas sans poser de sérieuses questions quant à l’impact écologique, notamment à cause du transport. Et pourtant, ce chocolat est certifié « agriculture biologique », « objectif zéro carbone » et « Max Haavelar » !
Pendant longtemps la nature fut une donnée pour les êtres humains. De l’histoire de la nature, l’homme était exclu. Le développement de l’activité humaine modifie aujourd’hui le fonctionnement même de la nature : les humains deviennent producteurs de l’histoire de la nature… et peut-être même de sa fin.
L’écologie est aussi une nouvelle porte d’entrée pour la critique du système social… mais pas seulement. Si pour sauver la banquise, il faut se sauver des banquiers, il reste quand même que des mesures d’urgence sont déjà nécessaires pour sauver la banquise, et cela sans attendre le grand soir ! La nécessaire relocalisation de l’activité économique s’inscrit dans cette double perspective.
La remise en cause d’un tel fonctionnement est de toute à façon à l’ordre du jour car l’économie mondiale, après avoir bénéficié pendant deux siècles d’une énergie bon marché (charbon puis pétrole), entre dans une phase où l’énergie devient rare et chère. Or, le pétrole est présent dans tous les produits de la vie quotidienne, soit sous une forme directe (composants plastiques) soit sous forme indirecte (via le coût du transport).
La relocalisation des activités humaines doit se concrétiser d’abord dans deux grandes sphères de production : l’activité industrielle et l’agriculture.
Le triple effet des délocalisations (délocalisations directes, délocalisations indirectes et chantage à la délocalisation) serait responsable de 4 % du chômage en France. Alors que l’économie mondiale est désormais régie par quelques firmes multinationales, relocaliser la production, c’est empêcher ces entreprises de mettre en concurrence les salariés et les systèmes sociaux de chaque pays. Cette politique doit s’appuyer sur un « protectionnisme progressiste », basé sur la modulation (en fonction des pays visés), la réciprocité (les pays du Sud ont le droit de se protéger des exportations des pays du Nord), la coopération (pour étendre les conquêtes sociales) et le bilan écologique (qualité de la production et quantité de transport).
Les mêmes questions se posent pour les mêmes raisons au sein de l’espace économique de l’Union Européenne, et même à un échelon local pour une partie de la production agricole. Il n’est en effet pas soutenable qu’en 2008, 80 % du jus d’orange consommé en France vient du Brésil, soit un trajet de 12 000 km pour arriver dans les supermarchés !
C’est pourquoi, il est nécessaire :
d’inventer de nouvelles normes juridiques pour limiter la capacité des grands groupes à faire du monde un terrain de jeu et les inciter à produire localement, au moins à l’échelle d’un ensemble régional tel que l’Europe ;
de développer des circuits courts sous la forme d’AMAP (marchés de proximité) : les habitudes alimentaires évoluent par le respect de la saisonnalité des productions agricoles et la dépense en transport est minime ;
de travailler à une fiscalité écologique juste socialement : c’est la contribution climat énergie universelle (CCEU) proposée par les socialistes. Contrairement aux propositions du comité d’experts animé par Michel Rocard pour le compte du gouvernement ( !), il ne s’agit pas de compenser la suppression de la taxe professionnelle payée par les entreprises au détriment des ménages. La CCEU s’accompagne de mesures redistributives (aides directes et compensations spécifiques à destination des ménages modestes et des entreprises les plus exposées).
Cette relocalisation de la production aura plusieurs effets. La proximité producteurs – consommateurs devrait entraîner une amélioration de la qualité des produits (et de leur longévité !). La hausse de prix consécutive à cette amélioration de la qualité posera nécessairement la question du pouvoir d’achat, donc des salaires, donc du partage des richesses et du temps de travail. De plus, la proximité des centres de production devrait faciliter un retour des pouvoirs de régulation : les responsables de la production, présents physiquement sur leur territoire de diffusion seront sous la pression directe des salariés, des citoyens. De même, les autorités politiques pourront plus aisément s’inscrire dans une politique d’orientation de ces activités de production.
Nécessité écologique, la relocalisation de la production sera donc également l’occasion d’une avancée démocratique, constitutive du socialisme, qui vise à l’extension de cette démocratie dans les champs politiques, économiques et sociaux.
Simon Thouzeau, Secrétaire fédéral adjoint à la formation PS 44
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